N'ayons pas une vision réductrice de Donald Trump

on 03 février 2017

La France, plus que tout autre pays européen, peut grandement tirer avantage d'une relation privilégiée avec les Etats-Unis à la fois sur le plan politique et sur le plan du progrès économique.

L'élection de Donald Trump comme Président des Etats-Unis a été vécue par l'Europe comme un séisme au lendemain du choc engendré par le Brexit. Le candidat a été décrié car, selon ses opposants, il constitue une menace sur le plan du racisme, du populisme, et envers l'environnement. Son élection se traduit par plusieurs années de grandes incertitudes pour la planète.

Pendant la campagne des élections américaines, on se demandait par moment si M Trump ne préférait pas battre ses rivaux plutôt que de bâtir les détails de son programme soutenant les réformes. Finalement, il a été élu puisqu'il incarnait pour les américains à la fois le changement et la protection contre l'insécurité et les forces étrangères.

Un programme intéressant et inédit

Nonobstant sa personnalité anti-traditionaliste et quelque peu arrogante, son programme pour la croissance est plutôt intéressant et inédit aux Etats-Unis car il souhaite engager une relance économique double : i) par la baisse d'impôts sur les sociétés (stimulation de l'offre) et ii) par des investissements majeurs en infrastructure au plan national, ce dont le pays a désespérément besoin (stimulation de la demande).

Ce type de projet de relance est précisément ce que recommandent les avant-gardistes européens (de droite comme de gauche) en matière de politique économique pour l'Europe. Compte tenu du modèle économique interventionniste préconisé, franchement Colbertiste (presque Montebourgiste), ce qui est une première pour un représentant du parti républicain américain, on peut s'étonner de l'insurmontable scepticisme de la part des hommes d'Etat français face à son accession au pouvoir.

Une réception glaciale en Europe d'un nouveau président américain serait sans précédent pour le plus fort allié historique du Vieux Continent.

Pourquoi un tel déferlement de défiance et d'hostilité vis-à-vis de l'arrivée de la nouvelle administration Trump :

1 - Sa politique commerciale serait isolationniste et protectionniste ? Pas vraiment quand on regarde le sujet de près. Il ne propose aucune taxe ou barrière générale qui freinerait le commerce international. Son attention porte sur a) les délocalisations industrielles qu'il souhaite freiner, b) certaines pratiques chinoises (notamment sur sa devise et sur la contrefaçon) contre lesquelles il compte exploiter toutes les mesures à sa disposition y compris les tarifs défensifs et enfin c) le commerce mexicano-américain où l'accord de libre-échange ALENA a conduit au fil du temps à certains déséquilibres qui sont devenus préjudiciables à l'industrie américaine et à la classe moyenne.

2 - le langage employé par M Trump serait offensif, agressif, insultant, et facteur de division ?

Sur cette question, un peu de recul s'impose. M Trump a grandi à New York City (Queens « no less ») où le langage agressif et la joute verbale sont monnaie courante, de même pour les insultes, même (ou surtout) dans les rangs de la haute société de la Côte Est de l'Amérique. Par ailleurs, M Trump est de la génération qui a grandi avant l'arrivée de la pensée unique aux Etats-Unis et le politiquement correct. On entend dans le Queens plus de 138 langues différentes, donc M Trump n'est pas totalement étranger aux coutumes diverses et variées. Pour attirer l'attention dans cet environnement, les paroles sont bien souvent fortes et mal dosées. Certains propos exprimés par le candidat Trump ont été scandaleux, mais est-ce que ces dérapages rendent le personnage définitivement infréquentable ? Surement pas.

3 -Son caractère imprévisible est-il source de grande incertitude ?

Cette crainte est sans doute légitime en partie, mais elle ne présage pas de catastrophe. Chez M Trump, deux tendances se dessinent avec la mise en place de sa politique:

A-  sur le fond, sa politique économique va se rapprocher de celle menée par l'ancien président américain des années 80, Ronald Reagan. Au-delà de leurs slogans politiques semblables (« America is back » en 1980 et « Make America Great Again » en 2016) et leurs liens proches avec Hollywood, les parallèles sont frappants bien que quelques différences existent. Dans un contexte d'inflation élevée, Reagan relançait l'économie par une baisse d'impôts des ménages et favorisait les investissements en matière de défense nationale. Reagan attaquait les importations japonaises (notamment les secteurs automobile et électronique) à l'époque comme aujourd'hui la Chine est dans le viseur du nouveau Président. L'approche de M Trump sera semblable à celle de son prédécesseur dans le pragmatisme et l'usage des leviers politiques pour négocier des solutions pro-Amérique in concreto.

Par ailleurs, il n'est pas anodin que les deux Présidents soient à la fois des ex-démocrates et des outsiders de « l'establishment » du parti républicain. Enfin les deux gagnent les élections à la troisième tentative à quasiment le même âge (69 et 70 ans respectivement).

B-  sur la forme, on peut dresser de multiples parallèles entre la politique de M Trump et celle de l'ancien Président de la République français, M Nicolas Sarkozy, bien que le premier constitue une personnalité newyorkaise légèrement moins polie (dans les deux sens du terme). En particulier, la manière dont ces deux figures se déploient pour attaquer les dossiers et réagir aux critiques se ressemble.

Quelle équipe et quelles relations avec le Congrès ?

Les vraies inconnues à ce stade sont l'efficacité de l'équipe qui entoure le Président et la qualité de la coopération que son équipe devra tisser avec le Congrès américain.

Les paroles intéressantes ne sont pas toujours élégantes.  Les incertitudes autour du nouveau Président américain ne devraient pas conduire à la méfiance générale des européens.  La France, plus que tout autre pays européen, peut grandement tirer avantage d'une relation privilégiée avec les Etats-Unis à la fois sur le plan politique et sur le plan du progrès économique. La révolution digitale et la révolution écologique sont en marche et la France apporte au monde la complémentarité qui manquait jusque-là aux grandes innovations américaines.

Sans le savoir, les circonstances sont plus propices que l'on imagine pour faire grandir et prospérer le monde grâce aux fruits de la coopération entre les acteurs de ces deux pays. Ce serait dommage de passer à côté de cette occasion en raison d'une vision trop réductrice du 45ème Président des Etats-Unis.

 

 Eric Wallenbrock

Avocat inscrit aux Barreaux de Paris et de l'Ohio

Publié le 23/01/2017

Article disponible en totalité sur La Tribune.fr

 

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